9 juillet 2012
Le Raad voor de journalistiek en Belgique néerlandophone et le Conseil suisse de la presse ont rendu récemment quelques décisions intéressantes sur l’identification des personnes et sur le respect de la vie privée.

Au Raad voor de journalistiek

En juin 2012, dans un dossier relatif à la couverture d’un accident de voiture dans un média local, le Raad voor de journalistiek a estimé qu’il y avait atteinte à la vie privée en raison de photos de certains éléments tels que le n° de plaque minéralogique, des effets personnels se trouvant dans la voiture… et en raison de la publication du nom et de l’adresse de la victime. De plus, selon le Raad, le média aurait dû vérifier si la famille était déjà avertie de l’accident avant de placer l’information sur son site.
Il vaut la peine de noter la victime était une personnalité relativement connue (dirigeant d’un syndicat de transporteurs). Mais l’article en question n’y fait pas allusion : il constitue simplement un compte-rendu d’accident pour lequel il n’y a aucun intérêt social à divulguer ce nom. Dans ces conditions, il y a atteinte à la vie privée, selon le Raad voor de journalistiek.
Réf site : http://www.rvdj.be/sites/default/files/pdf/beslissing201212.pdf

Dans un autre dossier sur la couverture des funérailles de la même personne, le Raad a conclu qu’il n’y avait pas atteinte à la vie privée dans la reproduction de la photo de cette personne figurant sur la carte-souvenir remise lors des funérailles, précisément parce que la victime était relativement connue. Il y a par contre atteinte à la vie privée dans la publication d’une photo prise lors des funérailles sur laquelle les enfants de la victime sont reconnaissables.
Réf site : http://www.rvdj.be/sites/default/files/pdf/beslissing201213.pdf

Enfin, un troisième avis de juin 2012 du Raad voor de journalistiek concerne la vie privée et l’identification d’une personne. L’article visé informait du décès d’un homme à la prison de Brugge en donnant son nom, sa photo et les raisons de son incarcération et en ajoutant qu’il s’était suicidé. La famille de l’homme invoquait une atteinte à la vie privée et contestait le suicide. Le Raad a estimé que le média a respecté la déontologie en informant sur le fait et les raisons de l’emprisonnement. Par contre, sur le fait qu’il s’agissait selon ses sources d’un suicide, le journal aurait dû informer au préalable les proches de la victime et leur donner l’occasion de réagir.
Réf site : http://www.rvdj.be/sites/default/files/pdf/beslissing201218.pdf

Au Conseil suisse de la presse

De son côté, le Conseil suisse de la presse a aussi pris une décision qu’il considère comme une des plus importantes de ces dernières années, au point que le Conseil avait décidé de se saisir d’initiative même si aucune plainte n’était déposée. Il y en eut une, finalement, émanant de la banque S. Dans sa décision, le Conseil évoque des questions d’éthique des médias débordant du cas particulier de cette plainte. L’ensemble des médias suisses avaient en effet couvert le dossier.
L’affaire met en cause le président de la Banque nationale suisse, soupçonné de délit d’initié et qui a fini par démissionner. Un média avait publié un extrait de compte bancaire censé prouver qu’une banque manipule les comptes de ses clients ; une information que le média présentait comme obtenue d’une certaine source bancaire interne. Mais il est apparu, notamment dans d’autres médias, que l’extrait présenté avait fait l’objet d’un montage, que la source mentionnée n’était pas la vraie source, que le journaliste n’avait eu qu’un contact indirect avec cette vraie source, que la banque en question n’avait pas eu l’occasion de répliquer à cette accusation grave et qu’aucune information factuelle fausse n’avait été rectifiée.
Le Conseil a constaté que sur chacun de ces points, le journaliste avait enfreint la déontologie. Il conclut sur le constat que les médias ont joué dans cette affaire leur rôle de « chiens de garde de la démocratie » en investiguant sur un sujet où l’intérêt public l’emportait sur la protection de la sphère privé, mais qu’un de ces « chiens » a mordu trop vite en commettant des erreurs.

La décision est résumée et commentée en français aux pp. 19 à 23 de la Revue annuelle du Conseil suisse de la presse (http://www.presserat.ch/Documents/revue_annuelle_2012.pdf )