L'Actualité du CDJ
Quand les titres font problème…
29 juin 2010
C’est une première : lors de sa réunion de juin, le Conseil de déontologie journalistique a déclaré deux plaintes fondées, au moins partiellement. Non sans avoir étudié en détail les enjeux, multiples : le caractère nécessairement raccourci des titres, la généralisation à des communautés de l’action de certains de leurs membres, le caractère exceptionnel des limites à la liberté d’expression... Avec, en arrière-fond, la responsabilité respective des journalistes et des autres membres des équipes rédactionnelles.
Le premier cas concerne le quotidien Le Soir et un article dont le titre semble à première vue accuser toute une communauté de faits imputables à certains de ses membres : « Sud-Kivu : les Hutus tuent 7 femmes ». Une lecture attentive a cependant conduit le CDJ à nuancer : l’article lui-même est irréprochable, faisant clairement la part des choses dans les responsabilités de ce massacre. Le Conseil s’est référé aux Recommandations pour l’information relative aux allochtones, émises en 1994 par l’AGJPB et le Centre pour l’égalité des chances, dont il rappelle qu’elles constituent une composante de la déontologie journalistique. Il estime que le quotidien a manqué de prudence en généralisant ainsi dans le titre de l’article. Certes, tout titre constitue toujours un raccourci. Mais s’agissant de thèmes sensibles et de communautés en conflit ouvert, il y a lieu d’être particulièrement attentif.
Au-delà du cas d’espèce, le CDJ « recommande aux médias en général d’être prudents dans la combinaison brièveté / pertinence des titres, en particulier lorsqu’il s’agit de sujets sensibles impliquant des communautés en situation de conflit ouvert ou potentiel. Les titres sont eux aussi soumis aux règles de déontologie journalistique et ne peuvent échapper aux équipes de journalistes, en raison notamment du droit moral de ceux-ci sur le contenu et la forme de leur travail. »
La seconde plainte déclarée partiellement fondée portait sur une citation identifiée comme telle, au contenu très critique envers une religion, et présentée dans le quotidien Métro, édition française, de manière isolée, sans lien avec un article proche, sans contextualisation. Le CDJ rappelle que « La liberté d’expression est la règle ; les limites qui y sont apportées doivent rester des exceptions. Cette liberté d’expression inclut, pour les médias, le droit au regard critique sur tous les phénomènes de société, y compris les religions…»
Mais s’agissant d’un sujet potentiellement polémique et qui entre dans le champ d’application des Recommandations de 1994 déjà mentionnées, la décision de publier une citation brute, sans contextualisation, prise de distance ou autres explications pose problème. La plainte est donc partiellement fondée : « non fondée en ce qui concerne le droit de publier une information critique envers une religion ; et fondée en ce qui concerne la manière dont cette publication a été faite en l’espèce. » Le Conseil recommande que de telles citations soient non seulement sourcées et placées entre guillemets mais aussi datées et que dans la mesure du possible leur origine soit précisée (livre, débat, interview…).
Enfin, le CDJ a considéré comme non fondée la plainte d’un corps de police contre l’hebdomadaire Télémoustique qui avait publié l’interview très critique d’un policier. Le Conseil estime que toutes les précautions ont été prises pour indiquer aux lecteurs qu’il s’agissait d’un avis individuel, donc à relativiser, et non d’un reportage complet ou d’une analyse.
Les avis rendus par le CDJ figurent dans leur intégralité à la page http://www.deontologiejournalistique.be/index.php?avis-particuliers ou en téléchargement ici (10-17), ici (10-16), ici (10-18).
