19 mars 2010

Le Conseil de Déontologie Journalistique a mis sur pied des groupes de travail qui vont s’attaquer à trois problématiques importantes et urgentes dans les médias : le risque de confusion entre publicité et information, l’identification des personnes concernées par des affaires judiciaires et les espaces ouverts, sur les sites web des médias, aux réactions des internautes.

Le CDJ, on le sait, n’a pas seulement pour mission de traiter des plaintes, mais aussi de réaffirmer les principes fondamentaux de déontologie et de les adapter au contexte nouveau dans lequel les médias et les journalistes travaillent. Il est fréquent, en effet, que des journalistes, des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs ou internautes signalent des pratiques qui, à leurs yeux, posent problème. Dans un premier temps, trois de ces problématiques font l’objet d’une attention particulière du CDJ.

La première est celle des risques de confusion entre l’information publicitaire et l’information journalistique. Le problème n’est pas nouveau, mais, selon les constats de membres du CDJ, il devient de plus en plus aigu. Les méthodes utilisées se font plus subtiles, allant du publireportage non signalé comme tel à l’implication, volontaire ou non, de journalistes dans la démarche publicitaire. Les principes, pourtant, sont clairs : le journaliste n’est pas un propagandiste, que ce soit pour des produits, des institutions, des acteurs sociaux… Et son travail doit échapper à toute pression, publicitaire ou autre. Ces principes sont pourtant fréquemment mis à mal. Du courrier arrive régulièrement au CDJ, signalant tel ou tel exemple problématique. Le Conseil va donc chercher à mieux cerner les formes nouvelles que prend la proximité « publicité – information ». Ensuite, il rappellera les règles déontologiques, mais devra probablement affiner ou préciser celles-ci, par rapport aux pratiques actuelles. Il le fera du point de vue de la déontologie journalistique, complémentaire mais différente de celle des publicitaires.

Un deuxième thème – pas nouveau, lui non plus – a valu au CDJ plusieurs sollicitations ces dernières semaines, en raison de l’actualité : l’identification des personnes impliquées à des titres divers (auteurs, suspects, victimes…) dans des faits divers ou dans des affaires judiciaires. Bien sûr, la liberté rédactionnelle laisse une marge de manœuvre à des pratiques différentes en fonction des médias. Mais cette liberté reste cependant limitée par certaines règles légales (par exemple quand il s’agit de mineurs), déontologiques et éthiques. Des membres du CDJ et des personnes extérieures nous ont dit avoir été interpellées, voire heurtées par des exemples liés à l’actualité récente. Suffisamment pour que le Conseil envisage de formuler des recommandations à ce sujet. Et il est significatif que l’homologue flamand du CDJ, le Raad voor de journalistiek, se (re)saisisse du même thème au même moment.

La troisième problématique dont le CDJ entame l’examen n’est pas sans lien avec le précédent. Il s’agit des expressions d’internautes postées dans des espaces ouverts à cette fin sur les sites des médias. Ici aussi, des principes légaux et déontologiques existent, qui demandent sans doute à être répétés et affinés. Ces espaces de liberté d’expression, qui ont peut-être une certaine utilité sociale, ouvrent aussi, dans bien des cas, la porte à de nombreux dérapages (racisme, insultes, appels à la violence…). L’ampleur de la responsabilité des médias à leur sujet doit être précisée.

A côté des plaintes particulières qu’il traite, le CDJ s’investit donc dans l’évolution de la déontologie, ce qui constitue aussi une des ses missions fondamentales.

André Linard